Mon premier 48 heures

Hé oui, 48 heures de course. Que peut il bien se passer dans notre tête lorsque nous nous inscrivons à une telle compétition? Difficile à expliquer. C’est un de mes camarades d’ultra qui me contacte en me mentionnant qu’il organise un 48 heures et qu’il tentera de briser le record dans sa catégorie d’âge. Il me mentionne que les frais d’inscriptions seront minimes et qu’il y a déjà quelques coureurs intéressés. J’accepte aussitôt de relever le défi, même si l’événement se tient fin avril et qu’il ne me reste que 2 mois et demi pour m’entraîner. Je sais très bien que je ne serai pas prêt pour cette date, mais je m’en fous et me dit que je vais donner mon maximum.

1 semaine avant la course :

J’y pense de plus en plus, et je me rends surtout compte que c’est complètement fou de faire une telle course. Mais d’un autre coté, je suis excité par l’idée de savoir si mon corps et mon mental vont tenir le coup.

1 journée avant :

Je ne suis pas trop nerveux. J’ai beaucoup de travail au bureau, et  ça me permet de ne pas trop penser à la course. Je prépare mes bagages et m’assure de ne rien oublier. Ils annoncent de la pluie pour les 3 prochains jours, mais ça ne me dérange pas vraiment car j’ai déjà couru un 12 heures sous la pluie et j’avais battu mon record personnel.

Le jour de la course :

Levée du corps vers 5H30 AM. Je termine mes bagages. Je dois me rendre chercher Eric Laforest qui m’accompagnera une bonne partie de la fin de semaine en tant qu’équipe de support. J’arrive chez Eric vers 9H00 et nous prenons la direction de Drummondville.

Nous arrivons sur le site de la course vers 10H15. Il nous reste donc 1H45 pour préparer mon lit et me préparer mentalement à cette dure épreuve. Lors de notre arrivé, nous remarquons une niveleuse qui travaille la piste d’athlétisme sur laquelle la course aura lieu (piste de 402 mètres).

C’est qu’il à plu toute la semaine avant, et que la piste était complètement submergée. Il a donc fallu que la ville vienne réparer les dégâts avant le départ.

J’arrive dans la salle des coureurs et j’y retrouve mes bons amis Sylvain Bernier, André Coulombe et Michel Gouin. Un dernier « snack » avant le départ et je suis prêt.

Nous sommes vendredi midi et le départ est donné. La question que tous se posent, est comment démarrer cette compétition, à quel rythme courir et combien d’heures de sommeil faudra t-il prendre. Plein de questions sans réponses car c’est tous notre premier 48 heures (Sauf Michel Gouin).

Les 2 premières heures sont assez dures et longues, car mon cerveau me répète sans cesse que je vais courir pendant 2 jours… Il faut donc que j’essaie de prendre ça une heures à la fois et ne pas regarder la course globalement.

Vers 23H00, je décide d’aller me coucher pour environs 4 heures. J’ai déjà environs 70Km de parcouru et je suis satisfait. Je me sens bien physiquement et moralement.

Je vais me faire masser, histoire de relaxer avant le dodo et je mange un peu aussi. Je me couche vers minuit et demande d’être réveillé vers 4H00 du matin.

Je me réveille vers 3H00…Surpris, je ne m’endors plus, je ne veux que repartir pour accumuler le plus de kilomètres possibles. Je me prépare donc, mais je dois avouer que déjà, mes jambes étaient endolories.

Je suis sur la piste vers 3H20 et je ne suis pas seul. Il y a environ 7 ou 8 coureurs présents. Vers 10H00 AM, ma conjointe Mélanie et mon petit garçon Xavier arrivent sur le site. Je suis très heureux de les voir. Il faut dire que ça faisait 2 ou 3 heures que je pensais qu’à eux.

La journée avance et tout va assez bien. Après 24 heures de course, j’avais fait 106 Km C’est à peine 4 Km de moins que lors de mon premier 24 heures. Environ 1 heure plus tard, plus rien ne va. Je me sens bizarre, étourdi et j’ai faim. Je ne peux plus courir, je pleure et je suis très fatigué. Chantal, la directrice de course me demande à tous les tours si tous va bien. Je lui réponds toujours qu’oui, mais à un moment donné, je décide d’arrêter.

J’entre à l’intérieur, je mange un bon sandwich au jambon et je m’hydrate bien. Je me rends voir le masseur pour un massage d’environ 1 heure. En revenant du massage, une bonne pizza toute chaude m’attend (menoum). Après ce repos bien mérité, je repars de plus belle. Je me suis même surpris à recourir quelques tours malgré la température qui laisse à désirer et le vent.

Vers 20 heures, ça fait maintenant plus de 5 heures que j’ai repris la marche/course et j’ai d’affreuses ampoules aux pieds. Elles me font tellement souffrir que j’ai peine à marcher. Il pleut beaucoup et la piste est détrempée. La pluie n’aidant pas mes ampoules, je dois arrêter, mon corps n’en peut plus. J’ai atteint (je crois) mon point de tolérance maximal. Une bénévole me propose un massage de pieds, ce que je ne peux refuser dans les circonstances.

Après le massage de pied, je me rends voir le masseur pour un autre massage des jambes et du dos. Je dois dire que j’ai aussi mal dans le bas du dos. Il est 23H30, et je me couche. L’atmosphère dans la salle est complètement différente de celle de la première nuit. Lors de la première nuit, les lumières sont restées allumées, et on ne peut pas dire que les coureurs on vraiment dormi, ils ont plus somnolé quelques minutes. Mais ce soir, il fait noir, tous les participants dorment, et ce, en même temps.

J’ai demandé à être réveillé à 3H00 AM. Vers 2H30, je me réveille, je rampe jusqu’aux toilettes et c’est à ce moment précis que j’ai su que cette journée allait être l’une des plus difficile que j’aurais à vivre dans ma vie. J’avais de la difficulté à marcher, je me demandais donc comment j’allais faire pour tourner en rond pendant les 9 heures qui restaient à la course. Je mets mes souliers et je retourne au froid pour tourner sur la piste de 402 mètres.

 À 3H00 du matin, j’avais environs 130Km de parcouru. J’étais bien loin de mon objectif de 170, mais je ne désespérais pas. J’avais demandé à Mélanie de m’amener un déjeuner du Mcdonald pour me remonter le moral. Lentement mais sûrement, les kilomètres s’ajoutent à ma fiche.

À 9H00 le dimanche matin, je suis dans ma période de déprime. Je pleure, et je ne pense qu’à mes bobos et aussi que je ne vais pas atteindre mon objectif. Ma blonde menace de demander au directeur de course de me forcer à l’abandon si je n’arrête pas de broyer du noir. Je me ferme la trappe et je continue d’avancer. Quelques minutes plus tard, je dois arrêter pour une pause d’une durée indéterminée.

J’entre à l’intérieur je retire mes souliers et je retourne voir le masseur. Je passe plus d’une heure sur la table de massage et je pense bien que c’est terminé pour moi. Je ne suis même plus capable de marcher. Le masseur me raccompagne à mon lit. Je m’assoie, et j’essaie de remettre mes souliers.

Steve (le masseur) me demande : « Qu’est-ce que tu fais là ? ». Je lui réponds que je mets mes souliers pour retourner terminer la course avec tout le monde. Je crois qu’il m’a trouvé un peu malade dans la tête. Malheureusement, mes pieds étaient tellement enflés, qu’ils n’entraient plus dans mes souliers. Malheur, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire? Je voulais retourner sur la piste. J’apprends que la compagnie Nike vient d’arriver avec un camion plein de souliers qu’ils prêtent pour faire des tests. J’enfile mes sandales (la seule chose qui peut accepter mes pieds pour l’instant) et je me rends les voir. Ils me passent des beaux Nike Shox de pointure 11 qui me vont comme un gant vu les circonstances. Je les enfile, et retourne sur la piste.

À ce moment, je sais que je ne vais pas atteindre mon objectif, mais j’aimerais bien me rendre à au moins 160KM. Mélanie me confirme qu’il me reste 9 tours pour atteindre les 160 KM et il reste à peine 50 minutes avant la fin. Croyez le ou non, l’adrénaline était à son maximum. Je me remets à courir…oui, oui…. À courir. Comment j’ai fait ? Je ne peux même pas l’expliquer aujourd’hui. Je pense que c’est l’adrénaline qui a poussé tous les coureurs à courir pendant la dernière heure. Je crois qu’il y à une règle non écrite qui dit qu’il faut se surpasser lors de la dernière heure d’un événement comme celui-ci. C’était beau de voir les 10 participants courir comme si c’était le départ d’un marathon.

J’ai réussi à faire mes 9 tours avant la fin. J’en ai même fait 5 de plus pour un total de 162KM en 48 heures. Je suis satisfait de mon résultat pour mon premier 48 heures. Mais le plus important, c’est que mentalement (et non physiquement) j’étais moins magané qu’au 24 heures.

La fin fût très émotive pour tous. C’est exactement pour cette émotion que je fais des ultras. Mais c’est inexplicable tant que vous ne l’avez pas vécu. Maintenant que le 48 heures est derrière moi, jusqu’ou mon corps ira t’il le prochain coup?

Eric Dugal
Mai 2005

Mon premier 24 heures

Qui aurait cru un jour que je voudrais participer à un 24 heures de course ? Je l’avoue, il faut être un peu fou pour n’oser qu’y penser.

Ceci dit, cela faisait bien 2 ans que je planifiais participer à un tel évènement. C’est donc au début de 2003 que je décidais de m’inscrire au Ottawa 24 hours self-transcendance. Le coût était abordable et l’évènement avait lieu pas trop loin de chez moi (à peine 3 heures de voiture.)

Il y avait aussi l’entraînement, comment s’entraîner pour une telle épreuve ? Hé bien, je dois avouer que je n’ai pas fais beaucoup de sortie au-dessus des 50Km. J’ai plutôt couru le plus de jours possibles pour accumuler le plus de kilométrage total possible. Et j’ai considéré que le marathon de Québec me servirait d’entraînement.

Par contre, les 24 heures se dérouleront sur un anneau olympique de 400 mètres…. C’est ce que l’on appelle tourner en rond.

1 semaine avant l’événement :

J’essaye de me reposer le plus possible et je me motive mentalement en regardant des vidéo de mes compétitions antérieurs. Cette semaine, je vais courir seulement 25Km et à un rythme d’endurance.

Je me nourris de pâte et je bois beaucoup d’eau. Je m’occupe aussi de toute la logistique qui entoure ce voyage. C’est-à-dire la location d’une camionnette, l’achat d’une tente et la préparation du matériel nécessaire. J’ai un copain et sa blonde qui seront du voyage. Ils formeront mon équipe de soutient.

Le jour avant l’évènement :

Il faut se mettre en route vers Ottawa. Nous allons chercher la camionnette au centre de location et nous retournerons à la maison pour y entasser notre matériel. Par la suite, nous allons chercher le reste de l’équipe. Il y a tellement de matériel dans la camionnette, il nous reste à peine de l’espace pour bouger les orteils.

Nous nous dirigeons vers Ottawa en milieu d’après midi. Nous arriverons juste a temps pour un petit souper et pour monter nos tentes justes à l’extérieur de l’anneau de compétition. J’en profite pour faire 2 ou 3 tours avec Eric Laforest (mon helper).

Ce soir la, nous nous sommes couchées vers 9H00. Je dois avouer que j’étais plus nerveux que fatigué, mais j’ai quand même réussi à dormir un gros 3 heures en ligne.

Le jour de l’évènement :

Je me lève vers 5H00 car les portes ouvrent à 7H00. Une fois les portes ouvertes, nous transportons les tentes justes au coté de la piste et établissons ce qui sera notre campement pour les 24 prochaines heures.

Par la suite, je me prépare pour la course. Vers 7H45, il y à un petit meeting d’avant course et à 8H00 piles, le signal de départ est donné.

Quelle sensation étrange de faire son premier tour et de savoir qu’il en reste des centaines à faire ! Vous comprendrez que je ne me suis pas défoncé au premier tour.

Après environ 3 heures de courses, j’ai une désagréable sensation à la nuque. Je venais de me faire piquer par une abeille. Ne sachant pas si j’étais allergique, je n’ai pas pris de chance et me suis rendu à l’infirmerie. Après 30 minutes, ils m’on donné l’autorisation de repartir.

J’avais un plan d’établi, mais je ne l’ai pas suivi. Je l’ai plutôt ajusté au cours de la journée. Cette journée était très nuageuse, donc parfaite pour ce type d’évènement.

De mémoire, j’ai fais mon marathon en moins de 6H et j’ai atteint le 100Km en 17H.

La journée fût longue, mais j’écoutais de la musique, Eric courais avec moi et m’encourageait. D’autre ultra-marathonien que je connaissais était aussi présent et il était plaisant de discuter avec eux.

Le bout le plus difficile fût quand le soleil se coucha. Mentalement, c’est dur de commencer à courir quand le soleil se lève et vous êtes encore là lorsqu’il se couche. Vers environ 1H30 du matin, j’avais fais 104 Km, et il s’est passé quelque chose d’inexplicable dans ma tête. J’ai laissé tombé, je ne voulais plus continuer. S’étais la première fois que je ressentais un sentiment semblable.

J’ai donc indiqué à mon partenaire de course (Eric Laforest) et à mon marqueur que j’allais arrêter pour un temps indéterminé. J’étais en pleurs et totalement désorienté. En me rendant à ma tente, les responsables de l’épreuve sont venues me chercher pour me faire prendre des tîtes pilules (aucune idée de l’utilité) et me faire un bon massage relaxant.

Par la suite, j’ai été me coucher dans ma tente avec la ferme intention de retourner sur la piste quelques heures plus tard. Finalement, j’ai dormi 3 heures, et me voilà de retour sur la piste pour les 3 dernières heures pendant que mon équipe de soutient roupille (Ils pensent tous que j’avais arrêté pour de bon) . Inutile de dire qu’il est impossible pour moi de courir, j’ai peine à marcher. Alors, je me dis, autant mettre un pied devant l’autre et marcher quelques kilomètres de plus. Je savais déjà que je n’allais pas atteindre mon objectif de 125 Km.

Finalement, j’ai parcouru un gros 6 Km de plus pour un total de 110 Km. Ce qui pour moi est très décevant car 2 mois avant, j’avais couru 100 Km en 14 heures. Mais s’étais ma première expérience et j’ai beaucoup appris. Je me promets bien de recommencer et au moment même ou j’écris ces lignes, je vous confirme que je vais être de l’édition 2004 du 24 heures d’Ottawa.

Je ne voudrais pas passer sous silence le bon travail de mon équipe de soutient qui m’a encouragé toute la journée et qui m’a ravitaillée en boisson et nourritures.

A tous ceux qui croient qu’il faut être fou pour tenter cette expérience, je dis : n’écoutez pas les autres, poussez-vous au maximum et croyez en l’extraordinaire machine qu’est votre corps. C’est surprenant comment l’humain est fort et puissant.

Eric Dugal
Mars 2004

Voici mon cheminement et mon expérience personnel sur mon premier ultra-marathon.

La semaine avant :

Je m’entraine peu car je viens de faire le demi-marathon de Yamachiche et je ne veut pas me blesser pour le 100K. Déjà, je ressents une légère douleur au tendon d’achille gauche. Donc, le mardi matin je cours 10K ainsi que le mercredi matin. Je mange beaucoup de pâtes et j’essaie de bien dormir.

2 jours avant la course :

Je me rends au gala d’ouverture de l’ultra-triathlon et de l’ultra-marathon. Nous avons droit à un souper aux pâtes et à la présentation des athlètes (incluant moi). Ce gala me motive au plus haut point pour la course de samedi.

Ce jeudi soir, je réussi à dormir 6 heures.

Le jour avant la course :

Je me rends voir les ultras triathlètes qui ont commencé leur compétition vers 15H30. Je ne peux pas croire, qu’ils vont rouler en vélo toute la nuit et ensuite se tapper un double marathons !! Je me rends sur le site de la compétition et cela me stress un peu, mais cela doit être normal. J’ai bu beaucoup d’eau toute la journée, mais pas comme je l’aurais voulu.

Je n’ai pas le choix, vers 20H30, je dois me coucher car la levée du corps se fera vers 3H30 du matin. Comme de raison, je ne m’endorts pas immédiatement et je ne peux dormir plus de 1h30 en ligne. Je réussis quand même à dormir 4h30.

Le jour de la compétition :

Nous arrivons sur le site vers 5H15 du matin. Le départ étant prévu pour 7H00. Étant en avance, j’en profite pour regarder un peu les ultras triathlètes. Je suis très nerveux est je vais au toilette au moins 5 ou 6 fois avant le départ.

Vers 6h30, je vais chercher mon numéro et ils nous remettent un gilet pour notre participation. À 6h45, il y a une rencontre avant la course pour nous donner les directives. Enfin, un peu avant 7h00, nous reçevons nos puces pour compter le nombres de tours que nous allons effectuer.

Le parcours officiel est 1 tour de 2.8K suivi de 27 tours de 3.6K.

7H00 : Le départ :

Enfin, c’est le départ, je débute assez rapidement. Je me place derrière 2 habitués de ces distances en me disant que je devrais les suivre car ils doivent connaître le rythme à garder pour cette distance.

Après 2 tours, je n’en peux plus, je les dépasse et je prends au moins 2 Km d’avance avec le temps. Ma première erreur est d’avoir dépassé ces gars et d’avoir ouvert la machine trop tôt.

J’effectue le premier 15K en 1H18….. ce qui est mon tempo lors d’un demi-marathon. C’est beaucoup trop rapide, j’en fais d’ailleur la remarque à ma copine, et je lui dis que je dois ralentir. Facile à dire, mais pas facile à faire lorsque l’on est sur notre lancée.

Le premier 25K est fait en 2H25… ce qui est un peu trop rapide, mais je me sens encore frais comme une rose. Je commence à marcher vers le 30 ième kilomètre. C’est correct, mais c’est un peu tôt dans la course.

Après 4H30 de course, je commence à avoir faim, et je demande à ma copine de me préparer un morceau de sous-marin avec du pepsi et des M&M… quel festin.

Il commence à faire chaud, nous sommes au début de l’après midi et il doit bien faire 28 degrées. Heureusement, nous somme sur le bord du fleuve et il y a une légère brise qui vient nous rafraichir.

La mi-course se fait en 5H40… c’est très rapide, je croyais le faire en 6H30…..

Après 7H30 de course, je commence à soufrir des pieds, d’ailleur, je change de souliers et je prends une pause de 10 minutes. Ma sœur et ma mère doivent venir me voir. J’ai bien hâte qu’elles arrivent car je commence à soufrire moralement aussi.

À ce stade de la course, je rencontre Diane Bussière qui est dans son dernier tour. Elle me demande combien de tours il me reste à faire. Je ne le sais pas vraiment, mais je crois qu’il m’en reste 7 ou 8. Lorsque je repasse au point de départ, le chronométreur officiel me mentionne qu’il me reste 9 tours à faire. Quelle déception, ce fut un coup dur sur le moral, surtout après 9 heures de course, c’est difficile à prendre.

Je souffre, j’ai mal sous un pied. J’ai remarqué une légère coupure sous le pied gauche. Ce qui m’empèche de courir. Donc, je marche et je bois beaucoup.

À 7 tours de la fin, ma copine vient me rejoindre. Je suis incapable de courir et je fais de la marche olympique pour ne pas perdre de temps. Mais ce petit regain d’énergie ne durera pas longtemps.

À 6 tours de la fin, je ne suis plus capable, j’ai frappé le mur…Je pleure, je marche croche et il paraît même que j’ai la face mauve ou rouge! ;-)

Je commence à faire des calculs dans ma tête et je sais qu’il restera 5 tours à faire à environ 50 ou 55 minutes du tour. Il me reste 4 heures, donc je risque de faire le cut-off. Ce qui serait frustrant et en plus, je maganerais mon pied encore plus.

Lorsque j’arrive au point de départ, je m’arrête et demande au chronométreur s'ils arrêtent la compétition après 15 heures? Il me dit que oui, je pense un peu et je prend la décision d’abandonner.

Je peux vous dire que ça faisait 2 tours que je pensais à cette décision et que ce n’est pas facile à imaginer après tant d’effort.

Donc, après 11H05 de course, j’abandonne avec environ 85K de parcouru. Je ne peux pas vraiment vous dire pourquoi j’ai abandonné. Je crois que c’est une combinaison de plusieurs facteurs, mais je peux vous dire que ce fût toute une expérience et que j’ai beaucoup appris pour mes prochains ultra-marathon.

Depuis 2 jours, je n’arrête pas de me dire, que j’aurais pu le terminer, et aujourd’hui j’en suis convaincu, mais plusieurs facteurs ont fais que ce n’est pas arrivé. J’appelle cela de l’inexpérience.

Détrompez-vous, cette expérience ne m’a pas déçu des ultras. Au contraire, je vais refaire l’expérience l’an prochain , et je planifie faire les 12 heures Michel Gouin à Drumundville ainsi qu’un 24 heures à Ottawa.

Bien heureux quand même.

Eric Dugal
Juillet 2002

Un jour, j’ai décidé de courir un marathon pour plusieurs raisons. Premièrement, pour la bonne forme physique et deuxièmement, pour le défi que cela représentait. J’ai donc choisi de courir le Marathon des 2-Rives parce que c’était un marathon près de chez moi et que je connaissais bien le coin.

J’ai du m’entraîner au moins 4 mois complet pour compléter mon premier marathon. C’était un but que je voulais atteindre sans contredit. J’étais prêt à faire n’importe quoi pour l’atteindre. Combien de fois ais-je du annuler des sorties avec des amis parce que j’avais cédulé un entraînement tôt le lendemain matin. Sinon, lorsque je sortais avec mes amis, je prenais une limonade au lieu d’une bière, histoire de ne pas briser mon entraînement.

Donc, durant 4 mois, j’ai fais plus de 1200Km de jogging et 300 Km de vélo. Je me suis entraîné 5 à 6 fois par semaine. J’ai perdu environ 20 Lbs pendant cet entraînement.

Ma plus longue sortie sur route a été de 25Km et ça m’avait pris 2H30. J’ai essayé toutes les combinaisons possibles de nourriture et de breuvage pour me permettre de trouver ce qui me convenait le plus.

2 semaines avant le marathon, je me posais beaucoup de questions. Est-ce que j’étais prêt a faire 42Km avec une plus longue sortie à vie de 25Km?? C’était 17 Km de plus à souffrir!!

C’est ce que j’aime des sports d’endurance. Toutes les questions que l’on se pose à savoir si notre corps va être capable d’endurer une telle épreuve. Pour moi, ceux qui couraient des marathons, étaient des personnes formidables.

Une semaine avant l’épreuve

Déjà, je ressentais l’excitation en moi. Déjà, j’avais de la difficulté à dormir le soir. Je n’avais qu’à penser au fils d’arriver et j’avais la chaire de poule.

Je mange des pâtes toute la semaine et je bois beaucoup d’eau, particulièrement les 3 jours précédent la compé. Je bois jusqu'à 8 Litres d’eau par jour.
Je ne m’entraîne pas beaucoup cette dernière semaine. J’ai dû courir environ 25 Km dans la semaine.

Le jour avant l’épreuve

À l’horaire, dodo de très bonne heure et beaucoup de pâtes. Je suis très nerveux. Je ne fais rien de la journée. Je bois beaucoup de liquide toute la journée. Je me couche vers 8H00 et j’ai beaucoup de difficulté à m’endormire. Je me réveille plusieurs fois dans la nuit.

Le jour de l’épreuve

Je me réveil vers 5H00 AM. Je prends une bonne douche et un déjeuner composé de jus d’orange, de céréales et de bananes. Je bois aussi 1 litre de gatorade et je planifie en boire 2 autres avant le départ. Je me prépare tranquillement et je vérifie tout mon stock pour être certain de ne rien oublier.

Je suis avec ma copine Mélanie qui a pour mandat de filmer l’événement. Nous partons à 7H00 AM. J’aime toujours arriver au moins 1 heure d’avance lors d’une compétition. Histoire de me mettre dans l’ambiance et de relaxer un peu avant. Plusieurs personnes sont venues me voir au départ, il y a ma copine Mélanie, une autre copine qui se nomme aussi Mélanie, il y a mon père et ma sœur avec son chum.

8H00 : Je me prépare, je me mets de la vaseline sous les bras et sur les orteils. Le départ est dans 30 minutes. Je rencontre un collègue de travail qui court le marathon aussi. Nous nous souhaitons bonne chance.

8H30 : c’est le départ…. Enfin, tant d’heures d’entraînement pour ce moment ultime. J’en ai la chaire de poule. Cette chaire de poule laisse bientôt place à la sueur. C’est assez impressionnant de voir courir 1700 coureurs ensemble, tu te sens transporté par l’énergie de tous ces coureurs réunis. Les 5 premiers kilomètres sont très faciles (une chance sinon, j’aurais souffert). Le paysage est super et la température est idéale (il fait 18 degrés et c’est nuageux). Au kilomètre 10 , tout va toujours bien, je commence à longer le fleuve St-Laurent du coté de la Rive Sud. Nous sommes toujours un bon groupe. Je suis en avance sur mon temps projeté.

Au kilomètre 15 , les groupes de coureurs deviennent de plus en plus petits. Je suis seul et je commence à ressentir certains petits malaises physique, mais rien de grave.

Au demi marathon (21 Km), mon temps est de 2H02…. Ce qui est assez bon (en tenant compte qu’il en reste autant a faire) et je n’ai pas encore marché, Je crois que c’est à ce moment que psychologiquement, je commence à être affecté car je repasse à l’endroit ou j’avais débuté l’année dernière et je m’étais dit qu’il fallait être fou pour parcourir 2 fois la distance que j’avais parcouru.

Au 25 ieme kilomètre, je n’en peu plus et je marche…. Mauvaise décision, je marche environ un demi kilomètre et je reparts à la course. 2 Km plus loin, la côte Garneau nous attend. Je n’ai pas d’autre choix que de la monter en marchant, si je continue à courir dans cette côte, je vais hypothéquer le reste de ma course et le but et de se rendre à la fin.

Au kilomètre 28, j’ai 15 minutes de retard sur mon temps projeté. Mon instructeur de boxe (Fernand Marcotte) m’avait dit qu’il m’attenderait. Et bien, il était bien là…..Quel bonheur de sentir que les gens vous épaulent. D’autant plus que je savais que mes 2 copines étaient à moins d’un kilomètre avec la caméra.

Kilomètre 29 : J’embarque sur le pont de Québec. C’est magnifique et c’est aussi une partie de mon rêve de coureur qui se réalise. Je vois mes Mélanies et ça me donne un regain d’énergie. Je leurs mentionne en passant que je suis pas mal fatigué et que je vais avoir besoin de leur aide dans les prochains kilomètres.

Rendu là, je marche à toutes les stations d’eau et je suis un peu plus lent que prévu, mais il faut dire que c’est plus dur que prévu aussi. Mais, je ne me décourage pas et je continue.

Kilomètre 31 : c’est la descente jusque sur le bord du fleuve. À partir de ce moment, il reste seulement 10 Km et c’est une grande ligne droite sans dénivellation. Laissez moi vous dire que ce 10Km est le plus long que j’ai jamais couru.

Je m’approvisionne bien en eau et je ne suis pas déshydraté. Tout va pour le mieux, je n’ai pas de douleurs inhabituelles.

Au kilomètre 32, je suis vraiment au bout de mes forces, je marche plus que je coure, mais je sais que plusieurs personnes m’attendent au fil d’arriver. Je cours et je pleure en même temps, en pensant à ma petite fille de 1 an. Je me dis que je dois terminer pour elle, juste pour lui raconter plus tard que son père n’a pas lâché dans le moment le plus difficile du marathon.

Au kilomètre 36, je crois avoir un mirage devant moi. Je vois à environ 1 minute de moi, mon collègue de travail qui voulait terminer le marathon en 4 heures. Le chrono est maintenant à plus de 4H00. Je le rejoins, il marche, il souffre, il est blessé au genou. Nous marchons 1 Km ensemble et nous prenons beaucoup de liquide. Au kilomètre 38, nous décidons de donner une dernière poussée d’énergie et voulons courir jusqu'à la fin pour terminer en dessous du 4H45.

Nous voilà parti, et après 300 ou 400 mètres, Éric me lâche, car il a trop mal au genou. Je continue donc seul et je commence à ne plus ressentir les douleurs. Sûrement à cause que mon cerveau se rend compte que la fin approche. 

À 1 kilomètre de la fin, 2 de mes amis m’attendent. Éric et Danny qui a couru le demi marathon un peu plus tôt que moi. 1Kilomètre à faire…. Je ne pense plus qu’a la ligne d’arrivée et à l’accomplissement de mon rêve. Je retrouve la même chaire de poule qu’au départ. C’est tout un feeling qui est inexplicable.

Éric et Danny coururent le dernier kilomètre à mes cotés, ils m’encouragent et tout va bien. Je commence à voir plus de spectateurs et j’entends l’annonceur à la ligne d’arrivée. Je vole littéralement, oubliant mes douleurs physiques et psychologiques. Le dernier tournant, il me reste 300 Mètres, je tourne le coin, je vois devant moi la ligne d’arrivée, avec quelques 500 spectateurs. L’annonceur qui nous encourage, la foule qui nous applaudit, c’est excitant. Je donne tout ce que je peux pour terminer. Je vois le gros chronomètre au fils d’arrivée. Je termine la course en 4H45 : 18….

Quel bonheur de terminer, d’arrêter de courir et de relaxer enfin. Je m’hydrate bien, je vais voir mes parents et amis à la ligne d’arrivée. J’attends mon collègue de travail croisé plus tôt. Il termine en 4H52…..

Quelle belle expérience, mon rêve est réalisé. Toutes ces heures d’entraînements et ces sacrifices ont enfin payé. Maintenant que c’est fait, pas question de chômer. Le prochain objectif est un ultra marathon (100KM) ;-))))

Vous direz peut-être que je suis fou!! Mais je suis un fou heureux quand je repousse les limites de mon corps.

Eric Dugal
Août 2001