Mon premier 48 heures
Hé oui, 48 heures de course. Que
peut il bien se passer dans notre tête lorsque nous nous inscrivons à une
telle compétition? Difficile à expliquer. C’est un de mes camarades
d’ultra qui me contacte en me mentionnant qu’il organise un 48 heures et
qu’il tentera de briser le record dans sa catégorie d’âge. Il me mentionne
que les frais d’inscriptions seront minimes et qu’il y a déjà quelques
coureurs intéressés. J’accepte aussitôt de relever le défi, même si
l’événement se tient fin avril et qu’il ne me reste que 2 mois et demi
pour m’entraîner. Je sais très bien que je ne serai pas prêt pour cette
date, mais je m’en fous et me dit que je vais donner mon maximum.
1 semaine avant la
course :
J’y pense de plus en plus, et je me rends surtout
compte que c’est complètement fou de faire une telle course. Mais d’un
autre coté, je suis excité par l’idée de savoir si mon corps et mon mental
vont tenir le coup.
1 journée
avant :
Je ne suis pas trop nerveux. J’ai beaucoup de
travail au bureau, et ça me
permet de ne pas trop penser à la course. Je prépare mes bagages et
m’assure de ne rien oublier. Ils annoncent de la pluie pour les 3
prochains jours, mais ça ne me dérange pas vraiment car j’ai déjà couru un
12 heures sous la pluie et j’avais battu mon record personnel.
Le jour de la
course :
Levée du corps vers 5H30 AM. Je termine mes
bagages. Je dois me rendre chercher Eric Laforest qui m’accompagnera une
bonne partie de la fin de semaine en tant qu’équipe de support. J’arrive
chez Eric vers 9H00 et nous prenons la direction de Drummondville.
Nous arrivons sur le site de la course vers
10H15. Il nous reste donc 1H45 pour préparer mon lit et me préparer
mentalement à cette dure épreuve. Lors de notre arrivé, nous remarquons
une niveleuse qui travaille la piste d’athlétisme sur laquelle la course
aura lieu (piste de 402 mètres).
C’est qu’il à plu toute la semaine avant, et que la
piste était complètement submergée. Il a donc fallu que la ville vienne
réparer les dégâts avant le départ.
J’arrive dans la salle des coureurs et j’y
retrouve mes bons amis Sylvain Bernier, André Coulombe et Michel Gouin. Un
dernier « snack » avant le départ et je suis prêt.
Nous sommes vendredi midi et le départ est donné.
La question que tous se posent, est comment démarrer cette compétition, à
quel rythme courir et combien d’heures de sommeil faudra t-il prendre.
Plein de questions sans réponses car c’est tous notre premier 48 heures
(Sauf Michel Gouin).
Les 2 premières heures sont assez dures et
longues, car mon cerveau me répète sans cesse que je vais courir pendant 2
jours… Il faut donc que j’essaie de prendre ça une heures à la fois et ne
pas regarder la course globalement.
Vers 23H00, je décide d’aller me coucher pour environs
4 heures. J’ai déjà environs 70Km de parcouru et je suis satisfait. Je me
sens bien physiquement et moralement.
Je vais me faire masser, histoire de relaxer
avant le dodo et je mange un peu aussi. Je me couche vers minuit et
demande d’être réveillé vers 4H00 du matin.
Je me réveille vers 3H00…Surpris, je ne m’endors
plus, je ne veux que repartir pour accumuler le plus de kilomètres
possibles. Je me prépare donc, mais je dois avouer que déjà, mes jambes
étaient endolories.
Je suis sur la piste vers 3H20 et je ne suis pas
seul. Il y a environ 7 ou 8 coureurs présents. Vers 10H00 AM, ma conjointe
Mélanie et mon petit garçon Xavier arrivent sur le site. Je suis très
heureux de les voir. Il faut dire que ça faisait 2 ou 3 heures que je
pensais qu’à eux.
La journée avance et tout va assez bien. Après 24
heures de course, j’avais fait 106 Km C’est à peine 4 Km de moins que lors
de mon premier 24 heures. Environ 1 heure plus tard, plus rien ne va. Je
me sens bizarre, étourdi et j’ai faim. Je ne peux plus courir, je pleure
et je suis très fatigué. Chantal, la directrice de course me demande à
tous les tours si tous va bien. Je lui réponds toujours qu’oui, mais à un
moment donné, je décide d’arrêter.
J’entre à l’intérieur, je mange un bon sandwich
au jambon et je m’hydrate bien. Je me rends voir le masseur pour un
massage d’environ 1 heure. En revenant du massage, une bonne pizza toute
chaude m’attend (menoum). Après ce repos bien mérité, je repars de plus
belle. Je me suis même surpris à recourir quelques tours malgré la
température qui laisse à désirer et le vent.
Vers 20 heures, ça fait maintenant plus de 5
heures que j’ai repris la marche/course et j’ai d’affreuses ampoules aux
pieds. Elles me font tellement souffrir que j’ai peine à marcher. Il pleut
beaucoup et la piste est détrempée. La pluie n’aidant pas mes ampoules, je
dois arrêter, mon corps n’en peut plus. J’ai atteint (je crois) mon point
de tolérance maximal. Une bénévole me propose un massage de pieds, ce que
je ne peux refuser dans les circonstances.
Après le massage de pied, je me rends voir le
masseur pour un autre massage des jambes et du dos. Je dois dire que j’ai
aussi mal dans le bas du dos. Il est 23H30, et je me couche. L’atmosphère
dans la salle est complètement différente de celle de la première nuit.
Lors de la première nuit, les lumières sont restées allumées, et on ne
peut pas dire que les coureurs on vraiment dormi, ils ont plus somnolé
quelques minutes. Mais ce soir, il fait noir, tous les participants
dorment, et ce, en même temps.
J’ai demandé à être réveillé à 3H00 AM. Vers
2H30, je me réveille, je rampe jusqu’aux toilettes et c’est à ce moment
précis que j’ai su que cette journée allait être l’une des plus difficile
que j’aurais à vivre dans ma vie. J’avais de la difficulté à marcher, je
me demandais donc comment j’allais faire pour tourner en rond pendant les
9 heures qui restaient à la course. Je mets mes souliers et je retourne au
froid pour tourner sur la piste de 402 mètres.
À 3H00 du matin, j’avais environs 130Km de
parcouru. J’étais bien loin de mon objectif de 170, mais je ne désespérais
pas. J’avais demandé à Mélanie de m’amener un déjeuner du Mcdonald pour me
remonter le moral. Lentement mais sûrement, les kilomètres s’ajoutent à ma
fiche.
À 9H00 le dimanche matin, je suis dans ma période de
déprime. Je pleure, et je ne pense qu’à mes bobos et aussi que je ne vais
pas atteindre mon objectif. Ma blonde menace de demander au directeur de
course de me forcer à l’abandon si je n’arrête pas de broyer du noir. Je
me ferme la trappe et je continue d’avancer. Quelques minutes plus tard,
je dois arrêter pour une pause d’une durée indéterminée.
J’entre à l’intérieur je retire mes souliers et
je retourne voir le masseur. Je passe plus d’une heure sur la table de
massage et je pense bien que c’est terminé pour moi. Je ne suis même plus
capable de marcher. Le masseur me raccompagne à mon lit. Je m’assoie, et
j’essaie de remettre mes souliers.
Steve (le masseur) me demande :
« Qu’est-ce que tu fais là ? ». Je lui réponds que je mets mes
souliers pour retourner terminer la course avec tout le monde. Je crois
qu’il m’a trouvé un peu malade dans la tête. Malheureusement, mes pieds
étaient tellement enflés, qu’ils n’entraient plus dans mes souliers.
Malheur, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire? Je voulais retourner
sur la piste. J’apprends que la compagnie Nike vient d’arriver avec un
camion plein de souliers qu’ils prêtent pour faire des tests. J’enfile mes
sandales (la seule chose qui peut accepter mes pieds pour l’instant) et je
me rends les voir. Ils me passent des beaux Nike Shox de pointure 11 qui
me vont comme un gant vu les circonstances. Je les enfile, et retourne sur
la piste.
À ce moment, je sais que je ne vais pas atteindre
mon objectif, mais j’aimerais bien me rendre à au moins 160KM. Mélanie me
confirme qu’il me reste 9 tours pour atteindre les 160 KM et il reste à
peine 50 minutes avant la fin. Croyez le ou non, l’adrénaline était à son
maximum. Je me remets à courir…oui, oui…. À courir. Comment j’ai fait ? Je
ne peux même pas l’expliquer aujourd’hui. Je pense que c’est l’adrénaline
qui a poussé tous les coureurs à courir pendant la dernière heure. Je
crois qu’il y à une règle non écrite qui dit qu’il faut se surpasser lors
de la dernière heure d’un événement comme celui-ci. C’était beau de voir
les 10 participants courir comme si c’était le départ d’un marathon.
J’ai réussi à faire mes 9 tours avant la fin.
J’en ai même fait 5 de plus pour un total de 162KM en 48 heures. Je suis
satisfait de mon résultat pour mon premier 48 heures. Mais le plus
important, c’est que mentalement (et non physiquement) j’étais moins
magané qu’au 24 heures.
La fin fût très émotive pour tous. C’est
exactement pour cette émotion que je fais des ultras. Mais c’est
inexplicable tant que vous ne l’avez pas vécu. Maintenant que le 48 heures
est derrière moi, jusqu’ou mon corps ira t’il le prochain coup?
Eric Dugal
Mai
2005